L'éditorial de Mgr. Minnerath

Juin 2014 : Quelle Europe ?

Après les élections européennes nous voici confrontés avec la question de l'avenir de notre continent. L’Europe est plutôt malaimée par les temps qui courent. Quelles que soient les imprécations de ceux qui rendent l'Europe coupable de tous nos maux, il est évident que la construction européenne n'est pas réversible. Elle a besoin d’être réorientée.

L'Église a encouragé le processus d'intégration européenne dès le lendemain de la guerre. Elle n’a jamais signé un blancseing pour le futur. L'inspiration des pères fondateurs était alors la pensée sociale chrétienne. L'Europe se reconnaissait dans ses mêmes racines chrétiennes. Elle reconnaissait que des siècles de conflits internes l'avaient affaiblie, que le nationalisme était un poison mortel, et que de toutes façons le développement d’échanges exigeait un marché ouvert et espace de liberté pour mettre en commun ce qui jusqu'alors nous divisait.

L'Europe de 2014 n'est plus celle de 1949 ni de 1957. Non seulement l'élargissement de l'Union s'est faite trop rapidement, mais surtout l'Europe est allée chercher son inspiration ailleurs que dans ses racines vivifiantes toujours présentes. Elle ne tolère plus le discours chrétien pour qui tous les hommes partagent une même nature reçue de Dieu, dans laquelle sont inscrits les principes universels de l’éthique et de la vie en société. Plus que l’économie, c’est l’homme européen qui est en crise.

Depuis que le vent de l’inspiration chrétienne ne souffle plus, les voiles de l’Europe se dégonflent et nous ne percevons plus que ses dysfonctionnements : une bureaucratie tatillonne, des directives incompréhensibles. Mais l’arbre peut-il cacher la forêt ? Qui peut oublier que l’Europe nous a valu soixante-neuf ans de paix, malgré quelques alertes locales. Qui peut nier que la solidarité européenne a joué en faveur des pays les plus atteints par la crise ?

Il en est de l’Europe dans son ensemble comme de chacune de nos sociétés occidentales. Sans la perspective d’un renouveau spirituel, elle se replie sur les vieux réflexes du dénigrement et de la diabolisation de l’autre. Or le renouveau dont nous avons besoin n’est possible que s’il dispose d’une source à laquelle on revient pour se régénérer. La source du projet européen est la vision chrétienne de la réconciliation, de la coopération, de la solidarité et de la fraternité. Où ailleurs que dans l’Évangile du Christ peut-on trouver l’inspiration pour faire vivre ensemble et en paix des hommes et des peuples que l’histoire a si longtemps divisés ?

Mai 2014 : Le mariage de toujours

Le mariage a été mis à mal ces derniers mois. Avec un peu de recul, il est bon de rappeler les principaux éléments de la doctrine de l’Eglise. Oui, l’Eglise a une doctrine du mariage, parce que le mariage humain fait partie de la révélation divine de l’Ancien et du Nouveau Testament, que l’Eglise a reçue et qu’elle transmet fidélement à toutes les générations. L’Eglise n’ignore pas les mutations sociologiques et le changement des mœurs. Sa mission n’est pas de ratifier l’évolution des mœurs, mais de les évangéliser. Aujourd’hui comme hier elle annonce la bonne nouvelle du mariage :

1. Le mariage est l’union d’un homme et d’une femme. Jusqu’à récemment cela allait de soi. La Bible condamne sans réserve les relations homosexuelles, à plus forte raison n’envisage-t-elle pas la possibilité du mariage entre deux personnes du même sexe.

2. Le mariage est une institution voulue par le Créateur, non soumise à la libre disposition des hommes. L’union de l’homme et de la femme devenus « une seule chair » (Gn 2, 24), est à la fois « image de Dieu » qui est Amour et coopération à la création.

3. Le Christ est venu parachever l’œuvre du Créateur. Il déclare que, dans le dessein de Dieu, l’union matrimoniale est une alliance indissoluble, un engagement de fidélité pour la vie.

4. L’unité et l’indissolubilité sont les propriétés de tout mariage humain.

5. Les deux époux s’engagent l’un envers l’autre par un choix libre et conscient des propriétés du mariage.

6. Tout mariage humain a pour finalité le soutien mutuel des époux et l’accueil des enfants.

7. La réalité humaine naturelle du mariage a été élevée à la dignité de sacrement par le Christ. En effet, les époux chrétiens sont signes de l’amour indéfectible du Christ pour son Église. Le sacrement procure le secours indispensable de la grâce pour vivre pleinement les exigences du mariage.

8. Le mariage étant une institution divine, il appartient à l’Église de définir les conditions de validité du lien matrimonial.

8. Depuis que le mariage a été sécularisé, l’État s’est arrogé le pouvoir d’en disposer à sa guise : d’abord en concédant le divorce, puis le divorce par consentement mutuel, puis en instituant des formes parallèles d’union, enfin en instituant un « mariage pour tous ». Au final, le mariage a perdu le sens que lui donnent la Bible et toute la tradition judéo-chrétienne.

Dans les pays anglo-saxons et dans de nombreux pays concordataires, l’État n’impose pas une cérémonie civile du mariage, mais reconnaît les effets civils au mariage religieux, chacun étant libre de recourir, s’il ne se marie pas religieusement, au mariage civil. Ce type de disposition permet aux croyants des différentes religions d’effectuer une démarche qui correspond mieux à ce qu’ils pensent et à ce qu’ils croient.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Avril 2014 : Les doyennés

Il y a quelques années, nous avons simplifié l’organisation territoriale du diocèse en supprimant l’échelon des zones et en réduisant le nombre des doyennés. Notre organisation diocésaine ne ressemble certes pas à un millefeuille administratif. Elle répond à des exigences précises, en conformité avec le droit de l’Église.

A ce sujet, il est bon de rappeler que la structure fondamentale d’une « Église particulière » -qui est une partie de l’Église universelle, et en même temps l’Église catholique réalisée en un lieu – repose sur la succession apostolique. « Là où est l’évêque... là est l’Église catholique », disait saint Ignace d’Antioche au début du IIe siècle.

La paroisse territoriale ou personnelle est le deuxième élément constitutif de l’Église particulière. Là où vivent les chrétiens, ils forment une communauté qui se rassemble autour du prêtre qui est leur «pasteur propre ». Dans l’organisation territoriale de l’Église, la paroisse représente la cellule de base appelée à exercer tous les aspects de la mission que le Christ a confiée à son Église.

Entre la paroisse et le diocèse, il ne peut y avoir que des regroupements de soutien mutuel, d’entraide et de coordination des initiatives. Ainsi les doyennés, qui regroupent plusieurs paroisses, ont-ils pour mission de créer des synergies, de mutualiser des services, de faciliter la vie de chaque paroisse. On peut dire que les doyennés ont un rôle subsidiaire qui consiste à venir en aide aux paroisses lorsqu’elles en ressentent le besoin. Le curé-doyen a donc un rôle de coordination, de lien fraternel et de vigilance par rapport à la vie des paroisses, au moyen des réunions de doyenné.

Beaucoup d’actions sont menées aujourd’hui à l’échelle des doyennés, comme la préparation au mariage ou à la confirmation, la formation continue, les célébrations pénitentielles, la pastorale Jeunes, la pastorale de la santé. Les doyennés ne sont pas des super-paroisses, mais des aides au bon fonctionnement des paroisses.

Dans notre diocèse, le doyen est entouré d’une équipe pastorale, composée d’un doyen-adjoint, des prêtres, des diacres, des laïcs en mission ecclésiale, d’un représentant de l’EAP de chaque paroisse du doyenné. Même si les découpages territoriaux ne sont jamais entièrement satisfaisants, nos doyennés assurent un service pastoral irremplaçable.

La comparaison entre le doyenné et les provinces ecclésiastiques peut être éclairante. L’archevêque métropolitain n’exerce dans la province ecclésiastique qu’un rôle de coordination et d’animation. De même la Conférence des Évêques a pour mission de promouvoir l’action pastorale des diocèses dans le contexte de chaque nation. Métropole et Conférence ne sont pas des échelons administratifs entre le diocèse et le Saint-Siège, mais des instances de communion, d’entraide et de coordination de la mission ecclésiale.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Mars 2014 : L'Église est universelle

A l’heure où nous vivons de plus en plus dans l'international, l'Église catholique peut dire qu'elle a une bonne longueur d'avance. Rien d'étonnant, catholique veut dire universel. Encore faut- il que cette universalité soit réelle et qu'elle ne soit pas bornée par des frontières nationales, culturelles, sociales ou psychologiques.

L'Église ne connaît pas de divisions nationales. Une des difficultés de l'orthodoxie est son « phylétisme » encore récemment condamné par le patriarche œcuménique. Ce terme recouvre la notion d'Église nationale autocéphale qui perd de vue la nécessaire unité de l'orthodoxie. Il en a été de même avec les Églises issues de la Réforme. Elles se sont soumises au pouvoir du prince temporel et sont devenues des Églises territoriales.

L’Église catholique a promu une forme d’universalité qui intègre aussi bien les rites orientaux que les expressions liturgiques propres à chaque culture. Son universalité est une dimension présente à l'intérieur de chaque communauté locale. Être catholique, c'est être pleinement membre d'une Église sans frontières tout en étant enraciné dans son Église locale et solidaire de son peuple. A propos de l’Église diocésaine, le concile Vatican II et le droit canonique préfèrent parler d’« Église particulière » entendue comme partie d'un tout et non comme un tout en soi. L'Église a partout les mêmes livres liturgiques, le même calendrier, les mêmes règles qui accompagnent sa vie sacramentelle, son enseignement et son engagement caritatif.

Alors que la liturgie était encore célébrée en latin, on pouvait voyager dans toutes les parties du monde et suivre la même messe et chanter les mêmes cantiques, à quelques différences de prononciation près. Il est heureux que la liturgie ait pu s'adapter davantage au génie de chaque peuple. Il n'empêche que l'eucharistie doit être capable de rassembler tous les chrétiens présents en un lieu pour les faire communier au Corps du Christ.

L'universalité est une réalité plus profonde que la langue ou l'expression culturelle. Chacun doit cependant pouvoir se sentir chez soi dans une communauté catholique où qu’elle soit, en acceptant les différences comme des expressions variées de la même foi et de la même charité.

En autorisant l'usage des langues locales, le concile avait préconisé le maintien du latin pour les parties chantées de la messe : gloria, credo, sanctus, agnus. Lors des grands rassemblements, nous sommes heureux de pouvoir prier et chanter ensemble pour manifester que nous sommes le peuple nouveau au-delà de toutes les frontières, uni dans la louange du Créateur, réconcilié par le Christ et formant l'unique famille de Dieu.

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Roland MINNERATH

Février 2014 : La santé et le salut

Le même mot latin salus a donné dans certaines langues salute, salud, c’est-àdire santé, et dans d’autres salut, ce qui est bien autre chose. Pourtant ces deux concepts - santé et salut - sont parfois pris l’un pour l’autre.

Nul ne discute de l’importance pour l’être humain de la santé du corps et de l’esprit. Etre en bonne santé, pour une part, ne dépend pas de nous. Nous ne sommes pas maîtres de l’évolution de notre corps. Il peut nous réserver des surprises. Le plus souvent la médecine nous permet de lutter contre la maladie et de rétablir la santé du corps. Nous pouvons évidemment coopérer à notre bonne santé physique… en faisant de l’exercice, en nous abstenant de tout excès et de toute addiction, et en suivant les conseils du médecin…

La bonne santé psychique dépend certainement pour une grande part de la santé physique, mais elle est aussi tributaire des expériences heureuses ou malheureuses vécues dans notre passé ou notre présent. Garder un jugement autonome, avoir des relations saines avec les autres, être capable de s’améliorer et de s’amender, sont des signes de bonne santé psychique.

Le salut, c’est la vie dans sa plénitude que Dieu veut partager avec l’homme depuis le début de la création. « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité », dit 1 Timothée 2,4. La Bible déploie les événements d’une longue « histoire du salut » qui culmine dans l’incarnation, la mort et la résurrection du Christ. « Pour notre salut, Il descendit du ciel et prit chair de la Vierge Marie », proclamons-nous dans le Credo. Le salut est le don que le Christ Sauveur nous fait pour nous arracher à nos ténèbres et à la mort éternelle. C’est par notre foi en Jésus- Christ que nous accueillons le don de Dieu et que nous sommes sauvés.

Or, un geste par lequel Jésus manifeste qu’il est venu nous sauver, est la guérison des malades. Jésus rend la santé physique pour montrer que le salut saisit notre personne à tous les niveaux. Jésus rend aussi la santé psychique aux possédés. A ceux qu’il a guéris Jésus dit souvent : « Va ne pèche plus » (cf. Jn 5, 14 ; 8, 11). Le salut consiste à remettre l’homme debout, à le libérer du péché et de la mort, à le faire entrer dans le royaume promis. Le salut saisit tout notre être : physique, psychique, spirituel. Le salut, c’est la santé restituée à la racine spirituelle de notre être. La guérison du corps est le signe extérieur de la libération intérieure de l’âme. Mais l’âme peut aussi être guérie et en paix alors que le corps reste sous l’emprise de la maladie. C’est ce qui arrive à beaucoup d’entre nous.

Le concept de santé est devenu, dans notre univers sécularisé et médiatique, le signe de l’idolâtrie du corps. Il faut tout sacrifier à la fitness, au look ; il faut éviter de paraître vieillir. La santé devient une obsession ; elle tient lieu de salut. Il est temps de remettre les pendules à l’heure. Le salut que le Christ nous apporte remet chaque chose à sa place. Il nous sauve de toutes nos idoles et des faux absolus que nous sommes tentés de nous donner. La santé oui, mais le salut d’abord. La santé appartient à notre être charnel destiné à disparaître. Le salut c’est la vie éternelle pour notre personne tout entière.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Janvier 2014 : « Qui vous accueille m’accueille »

Dans la Bible, l’accueil est le pendant de l’envoi. L’accueil a pour objet un autre que soi, et donc suppose l’altérité. On accueille Dieu et le prochain. L’accueil nous transforme par assimilation de ce que nous accueillons.

L’accueil est une attitude profondément spirituelle qui consiste à ouvrir son coeur à la parole ou à la présence d’un Autre. La Parole de Dieu est toujours offerte à notre accueil libre. Marie est l’illustration la plus parfaite de l’accueil selon l’Écriture. « Qu’il me soit fait selon ta parole », dit-elle à l’ange de l’annonciation (Lc 1, 38). Son accueil du projet de Dieu a été sans réserve, total.

L’accueil de Dieu dans nos existences passe à travers l’accueil de ses médiations. Au sommet de la révélation divine, Dieu nous envoie son Fils. « Il est venu chez les siens, mais les siens ne l’ont pas accueilli… A ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Dans l’évangile de Jean, Jésus est « celui que le Père a envoyé ». A travers ses paroles et ses actes, Jésus se fait reconnaître pour qui il est : « Que les hommes croient que c’est toi qui m’as envoyé » (Jn 17, 8). L’envoyé, on le reçoit ou on le rejette. L’accueillir c’est accueillir celui qui envoie. « Qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé » (Mt 9, 48).

A son tour, Jésus est accueilli dans ceux qu’il envoie prêcher en son nom. Aux disciples qu’il envoie prêcher deux par deux, il dit : « Qui vous écoute, m’écoute, qui vous repousse me repousse ; mais qui me repousse repousse celui qui m’a envoyé » (Lc 10, 16). Soyons clairs. Si nous faisons la sourde oreille au prédicateur qui annonce le Christ avec foi et sincérité, si nous fermons les yeux devant un témoignage authentique d’amour du prochain, c’est le Christ que nous repoussons.

Sur son chemin vers Jérusalem, Jésus ne rencontre pas d’accueil de la part des Samaritains (Lc 9, 54). C’est précisément un Samaritain que Jésus décrit dans la parabole comme un modèle d’accueil et d’amour du prochain. Le prochain n’est pas celui que je choisis, mais celui qui croise ma route et qui a besoin de moi. C’est Dieu qui me l’envoie. Alors que le prêtre et le lévite « passent à bonne distance », le Samaritain « s’approcha et prit soin de lui » (Lc 10, 29-37). Le Christ va plus loin. Il nous dit qu’il se fait reconnaître dans le pauvre, celui qui a faim, soif, est sans abri, en prison, malade et délaissé. Accueillir le pauvre, « c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25).

Le Christ est présent dans l’eucharistie, présence réelle et sacramentelle, mais aussi dans le prêtre son envoyé et dans le pauvre auquel il s’identifie. Accueillir l’autre, c’est ouvrir son coeur à Dieu. Faisons leur bon accueil.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Décembre 2013 : Y a-t-il un art chrétien ?

L’art est le langage qui s’adresse à notre esprit et à notre coeur avec plus de puissance que le discours discursif rationnel. L’art suggère les profondeurs multiformes de la réalité dont il met en relief les harmoniques. Dans les diverses classifications des arts, les arts majeurs : architecture, sculpture, musique, peinture occupent les premières places. Il était inévitable que le christianisme traduise sa foi et la vision du monde qui en découle dans les diverses formes de l’art.

Le premier art chrétien ce sont les peintures et les graffiti de la maison de Doura Europos sur l’Euphrate et des catacombes romaines. Le Christ et les personnages bibliques y sont représentés selon les canons de l’art païen et juif de l’époque. On voit Jésus en bon Pasteur qui ressemble à Hermès, le dieu protecteur des bergers. Avec Constantin apparaissent les grandes basiliques chrétiennes. Leur architecture s’inspire des structures des basiliques profanes.

Il y eut un tournant au moment de la grande crise iconoclaste au VIIIe siècle. En Orient, certains estimaient qu’il n’était pas permis de représenter le Christ, la Vierge Marie et les saints sous forme de peinture ou de sculpture, car il est impossible de représenter le monde céleste invisible. La question se posait surtout pour le Christ et mettait à vif les divisions christologiques de l’époque. Les Monophysites prétendaient que la nature humaine du Christ est absorbée dans sa nature divine. Or on ne peut représenter la nature divine.

Mais des théologiens comme saint Jean Damascène et le concile de Nicée II (787) répliquèrent : l’icône du Christ représente la personne concrète du Christ en qui les deux natures sont unies sans confusion ni séparation. En représentant la personne concrète du Christ, il nous est donné de voir celui qui est à la fois Dieu et homme.

L’Orient a développé le culte de l’icône comme expression d’un art chrétien spécifique, qui donne à voir le mystère de la divinité présente dans notre humanité. De grands théologiens comme Nicéphore de Constantinople et Théodore Studite ont approfondi cette relation entre notre regard et l’icône, lieu rempli d’une présence et d’une grâce. L’art de l’icône se donne pour mission de nous ouvrir sur le monde céleste. L’Orient cultive jusqu’à nos jours cet art typiquement chrétien.

Jusqu’au XIIe siècle, l’Occident s’est inspiré de l’art sacral oriental. Notre art roman est encore un art sacral. Puis nous assistons à la montée du naturalisme dans l’art. Regardons les Vierges de Fra Angelico qui annoncent déjà la Renaissance italienne. Elles sont encore hiératiques, mais dans des postures et des décors de plus en plus naturels. La peinture religieuse renvoie ainsi l’image du monde terrestre, avec ses préoccupations. L’art baroque tentera d’être un art religieux, mais rien ne distingue plus une peinture religieuse d’une peinture profane. L’art moderne s’inscrit dans la même dynamique, avec le subjectivisme en plus. L’art ne nous introduit plus dans le mystère du monde divin, mais dans celui de l’artiste.

L’art peut se qualifier de chrétien lorsqu’il réussit à exprimer le mystère central de l’incarnation : le divin dans l’humain, le transcendant dans le contingent, le monde à venir dans le monde présent. Quel programme ! Regardons autour de nous : l’architecture de nos églises, les mosaïques, les peintures de nos sanctuaires, nos musiques liturgiques élèvent-elles notre âme vers Dieu ou nous procurent-elles seulement une émotion esthétique ? L’art chrétien est toujours à inventer.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Novembre 2013 : Prier pour les défunts

Le mois de novembre débute par la mémoire de tous les saints et la prière de l’Église pour les défunts. C’est un rendez-vous spirituel encore très suivi, associé à la commémoration des défunts de nos familles. L’Église invite à prier pour ceux qui sont morts, alors que d’autres communautés chrétiennes s’y refusent, arguant qu’après la mort tout est décidé et qu’il n’est pas possible d’influer sur le sort des défunts. L’Église catholique parle de la réversibilité des mérites. La sainteté des uns équilibre pour ainsi dire la déficience de sainteté des autres. Invoquer les mérites de la Vierge Marie et des saints en faveur des pauvres pécheurs renforce notre conception de la solidarité des hommes dans le péché mais aussi dans la grâce reçue.

Le péché des uns tire l’ensemble des hommes vers le bas, le témoignage pur et courageux des saints les tire vers le haut. L’Église célèbre des messes pour les défunts et les mentionne nommément au canon de chaque messe. La prière pour les défunts est liée à la question du purgatoire, état intermédiaire entre la vision béatifique et l’enfer. Cet état est celui d’une purification, processus actif dans lequel la prière des vivants peut intervenir soit pour l’abréger soit pour rendre l’âme du défunt plus confiante dans la puissance de l’amour de Dieu.

L’attention aux défunts, que notre société tend à effacer de nos préoccupations, nous ouvre à une dimension essentielle de notre foi. « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir », disons-nous dans le Credo. En attendant le jugement général et la résurrection de la fin des temps, nous savons qu’un jugement particulier nous attend au moment de notre mort.

Notre âme, c’est-à-dire le principe vital qui a informé notre corps et qui est de nature spirituelle, connaîtra le jugement particulier où se décide son sort éternel : la béatitude ou la réprobation, ou bien le stade de la purification dont l’issue est toujours la béatitude du ciel. C’est sur cette période d’attente et de purification que se fonde la prière pour les défunts. Ceux qui ne croient pas en une phase « purgatoire » ne prient pas pour les défunts.

Il ne faut pas trop faire appel à notre imagination pour se représenter cette phase de purification. L’âme purifiée a quitté le temps de ce monde. Une des représentations les plus suggestives est celle qui nous voit croiser le regard du Christ : nous sommes purifiés au feu d’amour de ce regard. Celui qui s’est livré pour nous achève alors le travail de la grâce pour nous rendre dignes de partager la vie de Dieu. N’oublions pas qu’en dernier ressort nous serons jugés sur l’amour, sur notre capacité de voir le Christ dans ceux qui ont faim, n’ont pas de toit, sont malades ou en prison. « C’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 31-46).

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Juin 2013 : « Viens, Esprit Saint »

L’ Esprit Saint est comme un grand souffle invisible et puissant, qui pénètre tous les recoins de notre être et le transforme. Cet Esprit, c’est la puissance de Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts et qui est maintenant répandue sur ses apôtres pour que naisse l’Église. Voici les apôtres devenus témoins inconditionnels de Jésus ressuscité.

Pour nous, l’Esprit Saint n’est pas un inconnu. Il est à l’œuvre au premier jour de la création. Il est le souffle de vie qui, de l’argile modelée, a fait un homme vivant : corps, âme et esprit. Il traverse toutes les étapes de l’histoire du salut, inspire les prophètes, et finalement se pose sur Jésus pour le conforter dans sa mission messianique. A présent il est « répandu sur toute chair » appelée à participer à la résurrection du Christ. L’Esprit Saint est le don ultime que Dieu nous fait de lui-même pour que nous puissions partager sa vie.

Jésus avait promis « un autre Défenseur » qui serait toujours avec nous. Le voilà.C’est l’Esprit de vérité qui nous conduit ensemble vers la vérité tout entière. Quelle force dans cette affirmation ! Elle nous révèle qui nous sommes. Déjà le soir de la résurrection, Jésus avait soufflé sur ses apôtres leur communiquant l’Esprit Saint, comme pour une nouvelle création.

La Pentecôte nous met devant notre réalité humaine : notre esprit, siège de notre liberté, est capable de capter l’Esprit de Dieu. Nous ne sommes donc pas réductibles à notre enveloppe charnelle biologique qui nous conditionne jusqu’à un certain point, ni par les influences que nous recevons de notre milieu familial, culturel, social. Nous disposons d’un espace de liberté, où c’est notre esprit qui oriente notre corps, nos pensées, nos choix, nos sentiments et non plus l’inverse. L’Écriture nous dit tout simplement : tu as le choix fondamental entre suivre l’esprit dumonde qui flatte ton ego, tes passions, tes préjugés, tes intérêts, ou suivre l’Esprit Saint qui te libère et t’élève à plus d’humanité.C’est l’Esprit d’obéissance qu’Adamet Eve avaient perdu au paradis deDieu et que Jésus le Christ nous a rendu par sa victoire de Pâques. Depuis laPentecôte chacun de nous est unTemple du Saint-Esprit. Pour agir et transformer lemonde, l’Esprit a besoin d’une terre d’accueil. C’est nous. L’Esprit Saint, dit saint Paul, « atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Rm 8, 16). L’Esprit, c’est aussi le commencement en nous du monde à venir. Il entame dès notre baptême le processus de transformation qui nous saisira tout entier.

L’Esprit Saint fait des disciples de Jésus un seul corps. Il est le ciment de notre unité. L’Église entière est réunie par le même Esprit qui est venu habiter en chacun de nous. Ensemble il nous fait progresser sur le chemin du témoignage que nous avons à rendre à la vérité. Dans l’Esprit, nos inimitiés et nos incompréhensions mutuelles sont dépassées. Il nous fait accéder à une vérité plus profonde où nous pouvons communier dans la même vocation des enfants de Dieu.

Accueillir le Saint-Esprit est un défi à l’esprit du temps dans lequel nous baignons et où on nous fait croire qu’il faut se débarrasser de toute idée de vérité pour être enfin libres et heureux. L’EspritSaint nous inspire au contraire l’amour du réel et de ses limites, dans lequel il est à l’œuvre pour notre salut.

Que l’Esprit Saint renouvelle sur nous et notre monde le grand souffle de la Pentecôte. Qu’il remette les pendules de notre société à l’heure ! Oui, viens Esprit Saint, fais nous aimer ce qui est vrai et suggère nous lesmots justes lorsqu’il s’agira de témoigner que Jésus est « le Chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6). Amen !

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Mai 2013 : « Tout est créé par lui et pour lui » (Col 1,16)

La Bible commence par deux récits de la création. Dieu crée à partir de rien (2 M 7, 28). Dans le monde grec, on pensait que l’univers était éternel. Il y avait les idéalistes pour qui le monde physique résulte d’une suite de dégradations à partir d’une substance spirituelle originelle ; et les matérialistes pour qui l’univers physique est sans commencement. Les Grecs ajoutent que le démiurge a mis en ordre la matière primordiale. Rien de tel dans la Bible. Le monde est venu à l’existence par une volonté d’un Être qui n’est pas le monde et qui seul est éternel. C’est le Dieu créateur.

« Par sa parole tout a été fait ». Dieu « dit et cela fut ». Or, la Parole créatrice s’est faite chair en Jésus-Christ. Celui par qui tout a été fait s’est glissé dans la création façonnée par lui, dira saint Irénée. Le Christ est le premierné de la création nouvelle en vue de laquelle a été mise en route l’ancienne, celle du ciel et de la terre qui passeront pour laisser la place à la création transfigurée par l’Esprit. La création qui se déploie sous nos yeux, qui suscite notre émerveillement ou notre crainte, est le premier livre dans lequel Dieu s’est donné à connaître. Ce livre est ouvert sous les yeux de tout être qui veut bien le déchiffrer. Puis Dieu se fera connaître dans l’histoire humaine : par la Loi donnée à Moïse, puis par les prophètes ; enfin « en ces derniers temps où nous sommes, il a parlé en un Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes » (He 1, 2).

Ainsi le régime de la création est propre à tout le genre humain. Saint Paul dira que le Créateur a inscrit dans le cœur des fils d’Adam les principes fondamentaux de la morale humaine, que nous appelons par ailleurs la loi naturelle (cf. Rm 2, 14-15). Ainsi la création de Dieu ne s’est pas arrêtée avec le monde physique. Dieu nous a créé un « cœur », c’est-à-dire une intériorité libre capable de se décider pour ou contre lui. Bien plus, en donnant sa foi au Christ et en recevant le baptême, cet « homme intérieur » est déjà recréé pour la vie éternelle. « De même que nous avons été à l’image de l’homme terrestre [Adam], nous serons aussi à l’image de l’homme céleste [le Christ] » (1 Co 15, 49).

« Lorsque Dieu a vu son Fils ressuscité, il s’est écrié : ‘C’est pour cela que j’ai créé le monde’ » (Saint Maxime le Confesseur).

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Avril 2013 : « Ne sois pas incrédule, mais croyant »

L’année de la foi culmine dans le triduum pascal que nous venons de vivre. « La foi du chrétien, c’est la résurrection du Christ », disait saint Augustin. La résurrection du Christ, c’est l’espérance des hommes comblée au-delà de toute attente.

Le temps pascal dans lequel nous entrons est comme un seul jour qui va de la Veillée pascale jusqu’à la Pentecôte, un seul jour qui annonce le jour sans fin où nous entrerons en pleine possession de ce que nous croyons. Le régime de la vie présente est celui de la foi. Dans le monde à venir, ce sera la pleine vision.

La rencontre du Ressuscité avec l’apôtre Thomas, huit jours après Pâques, jette une lumière décisive sur notre foi. En effet, à celui qui doute, pour qui admettre que Jésus soit ressuscité n’est pas une évidence, Jésus répond « ne sois pas incrédule, mais croyant » (Jn 20, 27). L’incrédule, celui qui n’a pas la foi, s’en tient à ce que le sens commun lui suggère : on ne ressuscite pas des morts. Thomas veut des preuves qui appartiennent à ce monde, alors que la résurrection appartient déjà au monde à venir.

Que veut dire alors l’invitation de Jésus : « Sois croyant » ? Le Ressuscité est descendu au séjour des morts, assumant notre condition mortelle jusqu’au bout. C’est pourquoi le Credo insiste : « [Il] a été enseveli, est descendu aux enfers ». Jésus est descendu aux enfers dans son âme humaine pour entraîner dans sa résurrection les justes qui y séjournent depuis les origines. Croire, c’est donc entrer existentiellement dans la dynamique de la résurrection, c’est dépasser le regard désabusé que nous jetons sur notre condition mortelle, pour accueillir l’événement de Pâques dans notre coeur, notre âme, notre raison. Croire, c’est Pâques dilatée aux dimensions de notre vie et de la vie du monde entier.

Pour que la résurrection nous saisisse et pour que nous puissions accueillir l’Esprit du Ressuscité, il nous faut passer par la « porte de la foi » (Ac 14, 27) qui est le Christ ressuscité, et inviter nos contemporains à franchir ce seuil avec nous.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Mars 2013 : Nature et Culture

On a entendu récemment, de la part d’une personnalité ayant autorité en la matière, qu’il était maintenant question de remplacer l’homme de la nature par l’homme de la culture. La formule paraîtra pour le moins philosophiquement hasardeuse. On se demande d’ailleurs si le type de culture visé aura un jour assez de souffle pour chasser la nature…

Notre système éducatif n’a-t-il pas pour objectif de former des intelligences critiques ? Or on est en présence d’un nouveau dogmatisme. Il y va de la théorie du genre, du « mariage pour tous », de la déconstruction systématique de l’anthropologie occidentale, sans même que ces idéologies soient présentées comme des opinions parmi d’autres. Ce sont les nouvelles vérités obligatoires de la postmodernité. Si je comprends bien ces propos : être hostile à l’idéologie du genre et au mariage gay vous classe du côté de la nature ; défendre ce genre d’opinion vous hisse au niveau de la culture.

Nous nous situons à l’opposé de tels propos. La culture n’est pas une alternative à la nature. Elle est une dimension et une exigence de notre nature. Il n’y a pas d’humanité sans culture. Mais la culture ne peut se développer que si elle est greffée sur la nature. L’humain ne s’invente pas et ne se construit pas de A à Z. Il se découvre dans ses dimensions biologiques, psychologiques, sociales, culturelles, spirituelles. S’imaginer que l’homme peut se dépouiller de sa nature et se fabriquer entièrement soi-même est une illusion. La culture peut aller jusqu’à créer l’illusion que nous pouvons nous passer de la nature. Mais le réel résiste. Quand on le chasse, il revient au galop.

Dieu a créé notre nature et nous a donné les moyens d’en explorer toutes les richesses. Notre raison est une donnée de la nature, pas de la culture. La culture résulte de l’usage que nous faisons de notre raison, de notre sensibilité et de notre capacité de nous émerveiller de ce qui est. La culture, c’est la nature interprétée, c’est la nature chargée de sens. Une culture sans nature serait comme un microscope sophistiqué qui n’aurait rien à observer, aucun secret à percer.

Dieu qui a tout créé est la Raison suprême à laquelle notre raison participe au moins un peu. Ce peu nous a permis de construire une culture d’inspiration chrétienne ouverte sur la totalité du réel et sur l’humain universel. Cette culture nous fait découvrir les secrets de la nature depuis l’infiniment petit jusqu’à l’infiniment grand. S’il n’y a plus de nature, il ne reste que l’image que nous nous renvoyons de nousmêmes. Dieu a eu plus d’ambition pour nous. Il nous a créés à son image et nous a confié l’univers à scruter et à mettre en valeur. Nous pouvons compter sur la nature pour remettre les pendules à l’heure.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Février 2013 : vous avez dit Carême ?

Selon le maître à penser des Pères du désert –ces ascètes qui avaient quitté le monde pour vivre en ermites sur la chora à l’écart de la ville, d’où leur nom d’anachorètes, -le péché de gourmandise est la première tentation qui assaille le solitaire. Mais Evagre explique ce qu’il entend par gourmandise : ce n’est pas tant le désir de manger plus que la facilité avec laquelle on se donne de bonnes raisons de ne pas jeûner, de ne pas se priver.

Ne pas jeûner, ne pas se priver, les raisons ne manquent pas : la santé, l’âge, le conformisme social ; c’est on ne peut plus actuel. Nos Carêmes ressemblent le plus souvent comme deux gouttes d’eau aux autres mois de l’année. Chez les musulmans, le ramadan est un mois de rupture avec le rythme ordinaire de la vie. Dans le passé, il en était de même pour les chrétiens. On avait connu des carêmes rigoureux, sans viande, sans poisson, sans laitages… Nous nous sommes donné de bonnes raisons de ne pas nous priver. On a bien trouvé des substituts à la privation de nourriture : pas de tabac, pas d’alcool, pas de télé… On ajouterait : pas de tweet, pas de facebook, pas d’iphone. Pourquoi pas ?

L’important est de déterminer ce qui est capable de provoquer une vraie rupture dans nos habitudes, de nous imposer une vraie privation qui nous oblige à nous concentrer sur l’essentiel, sur la recherche spirituelle qui nous met en cause, sur la conversion intérieure, avec une attention renouvelée aux pauvretés qui nous entourent.

On n’achète pas son Carême par un acte ponctuel de générosité. Le Carême est un temps de grâce, l’occasion d’un demi-tour existentiel vers Dieu qui s’inscrit dans la durée. Il s’agit de nous laisser pétrir par la Parole de Dieu pour aborder les choses de la vie avec un esprit différent.

Le jeûne, la prière, le partage doivent permettre au Seigneur de « créer en nous un coeur pur…, un esprit nouveau » (Psaume 51, 12).

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Janvier 2013 : 2013 c'est parti !

Vous vous souvenez des vaticinations de ceux qui attendaient la fin du monde pour le 21 décembre dernier. Et nous sommes toujours là. Ce genre de spéculations jalonne l’histoire humaine. Pour nous, reste vrai la parole évangélique : « Nul ne connaît ni le jour ni l’heure » (Marc 13, 32). Et ainsi nous nous tenons toujours prêts. Du moins, c’est ce que le Seigneur nous demande. L’attitude que réclame de nous l’Évangile est tout autre que conformiste. Si je m’en tiens à l’esprit du temps, je n’attends rien d’autre que des satisfactions en ce monde.

Jésus nous parle d’une « heure » qui est située au-delà du temps de notre vie en ce monde. Il nous donne l’assurance que notre course s’achèvera dans un ailleurs qui est le monde de la résurrection. Ce monde à venir commence déjà à exister pour nous lorsque nous vivons de la foi.

Lorsque nous échangeons des voeux en ce début d’année, nous faisons un pari sur l’année qui s’ouvre. Nul ne sait ce qu’elle nous réservera. Nous espérons les uns pour les autres qu’elle nous sera favorable, selon la vieille expression romaine : « omnia tibi fausta ». Mais au-delà des formules convenues, il y a pour nous une certitude : le mal est déjà vaincu, même s’il continue à faire des ravages. Il n’aura pas le dernier mot.

Même si nous pouvons être déboussolés de voir la société emprunter des chemins toujours plus éloignés du Dieu de la révélation biblique, nous savons qu’avec le Christ, qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14, 6), notre route est tracée de la manière la plus sûre. Quand le Verbe se fait chair, il épouse notre fragilité pour la sauver en l’assumant. Quand je dis « notre », je pense à l’humanité entière, celle qui croit et celle qui ne croit pas, car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 4).

Désormais Il est parmi nous, Celui qui nous sauve de nos tentations de nous prendre pour Dieu et de vouloir remodeler l’homme à notre propre image. L’Année de la Foi nous conduira à remettre nos pas dans ceux de Jésus. Puissions-nous aussi donner à ceux qui sont loin l’envie de nous rejoindre.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Décembre 2012 : Marie et le Fils de Dieu fait homme

Le peuple chrétien s'apprête à célébrer Noël. Cette année, le mystère de l'incarnation nous rejoint dans le contexte des menaces qui pèsent sur la définition civile du mariage. À ce sujet, nous avons clairement pris parti et proposé des éléments de discernement.

Noël nous ouvre un nouvel horizon de compréhension de notre identité humaine et de la nécessaire complémentarité de l'homme et de la femme dans le couple humain.

Le Verbe de Dieu « s'est fait chair » dit l'Écriture. La « chair » est l'expression de notre humanité dans sa finitude et sa fragilité. L'incarnation est relative à tout le genre humain : hommes et femmes sont également « unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité ». Or, la chair n'est pas indéterminée. La condition humaine est ou masculine ou féminine. Le Verbe a pris chair dans une humanité masculine. Il partage la finitude de notre existence humaine, en étant seulement homme au masculin. Il sauve toute la race humaine en assumant, comme tout homme, une humanité pour ainsi dire partielle.

Le Credo nous dit que le Fils éternel « a pris chair de la Vierge Marie ». Marie est la nécessaire participation humaine à l'incarnation de Dieu. Dieu est esprit. Il n'est ni masculin ni féminin. Pour s'incarner, il a besoin de la collaboration d'une femme, seule capable d'enfanter et de mettre au monde une vie humaine. L'humanité de Marie est aussi seulement une composante de l'humanité charnelle. Elle enfante Dieu selon la chair. Elle permet au Fils de Dieu de s'identifier aux humains et de les délivrer des puissances de la mort.

Le Fils de Dieu ne serait pas homme sans le concours d'une femme. La femme n'aurait pas enfanté sans l'action de l'Esprit Saint. Dieu en venant aumonde a ratifié l'ordre qu'il a créé. Cet ordre est fait de distinction, d'altérité, de complémentarité qui sont les conditions pour qu'il y ait amour. L'amour est la quête d'une plénitude jamais atteinte et toujours poursuivie. Le Verbe fait chair nous comble de la plénitude d'un amour spirituel insoupçonnable : « de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce » (Jn 1, 16), une plénitude qui n'est plus le rêve impossible d'une pleine humanité charnelle, mais d'une humanité selon l'esprit, qui nous ouvre à l'au-delà de notre condition charnelle.

Pas de Noël sans l'humanité de Jésus et celle de Marie. Pas de Noël sans la perspective de notre association à la vie divine.

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Roland MINNERATH

Novembre 2012 : l'esprit et la lettre

En ouvrant les célébrations du cinquantième anniversaire du concile Vatican II, Benoît XVI a invité à revenir à la lettre du concile pour en savourer toute la richesse doctrinale et pastorale. Cet avertissement est symptomatique de lamanière dont ce concile a été reçu tant dans l’Église qu’en dehors d’elle. Pendant des décennies, on a entendu invoquer « l’esprit du concile » sans référence à un texte précis, souvent pour justifier n’importe quoi. Ce phénomène a été rendu possible grâce à l’image que les médias ont aussitôt répandue de ce concile : il allait réconcilier l’Église avec le monde moderne. L’Église allait abandonner ses rites, ses règles disciplinaires, sa doctrine incompréhensible, ses structures compliquées, etc. Chacun pouvait attribuer au concile ce qu’il avait envie de voir changer. Un stéréotype simple s’est installé dans les esprits : avant le concile tout était obscurantisme, après tout devenait lumineux. Comme si l’Église commençait avec Vatican II.

A la décharge des invocateurs de l’ « esprit du concile », il faut admettre qu’à la différence des conciles précédents, Vatican II a traité de tous les aspects de la vie de l’Église, sans se fixer sur un sujet particulier. On pouvait donc, de loin, avoir l’impression que tout était remis en question.

Ceux qui brandissaient « l’esprit du concile » avaient-ils lu le concile ? Comprenaient-ils qu’un concile n’est jamais une rupture,mais un nouveau développement ? Vatican II a profondément renouvelé la vie de l’Église, mais sans condamner le passé, ni s’accommoder naïvement avec lamodernité sécularisée. Ce concile a donné une impulsion remarquable à l’oecuménisme, au dialogue avec la société, au rôle des fidèles laïcs dans l’évangélisation, sans renoncer en rien à l’enracinement des catholiques dans la foi de toujours.

Pour mesurer toute la richesse de ce concile, il n’est que de le lire tel qu’il s’est exprimé. Revenir à la lettre du concile, c’est en saisir le véritable esprit, souvent loin des interprétations superficielles qui continuent de circuler. On s’apercevra que Vatican II n’a ni abandonné ni relativisé la conscience qu’a l’Église d’être dépositaire de la vérité révélée, et qu’il n’a jamais dissocié le nécessaire dialogue avec tous de l’annonce explicite de l’Évangile.

Le concile venait à unmoment où la société sécularisée voguait sur une vague d’optimisme généralisé. Aujourd’hui elle déchante. Retrouvons le message vivifiant du concile qui a remis en lumière le meilleur de la longue tradition chrétienne pour redonner à ce monde des repères. Pour revenir au texte du concile, le diocèse a publié un livret destiné à être travaillé : Le Credo commenté par Vatican II. A côté de notre Catéchisme pour tous les âges, je vous le recommande pour un contact vivifiant avec la lettre du concile.

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Roland MINNERATH

Octobre 2012 : Ite, missa est

Les moins jeunes (dont je suis) se souviendront, peut-être avec émotion, du temps où le célébrant concluait la messe en disant ou chantant : « Ite, missa est ». Les missels traduisaient souvent : « Allez, la messe est dite ». En réalité, ces quelques mots étaient des mots d’envoi et devaient être compris ainsi : « Allez, vous êtes (la communauté est) envoyés ». L’eucharistie se termine toujours par un envoi en mission. La communauté s’est réunie autour du Seigneur pour refaire ses forces. Elle va maintenant se disperser dans ses différents lieux de vie pour attester que le Seigneur est vivant et qu’il donne sens à tous nos projets et nos engagements.

Nous retrouvons ainsi une dimension essentielle de notre vie ecclésiale qui peut être comparée aux mouvements du coeur : systole et diastole, contraction et décontraction, rassemblement et dispersion. Rassemblés aux pieds du Seigneur pour écouter sa Parole et « aller dans le monde prêcher la bonne nouvelle ».

Dans la liturgie actuelle, en italien, on peut dire en guise d’envoi : « Allez, en paix. Glorifiez Dieu par toute votre vie ». C’est dire que l’envoi s’adresse concrètement à tous. La mission est d’abord celle du témoignage et de la cohérence de notre vie.

Si tel est le schéma de la mission, qu’elle est difficile à mettre en oeuvre ! Nous savonsque nous nous heurtons le plus souvent à l’indifférence de nos contemporains, mais plus encore à l’absence de langage commun. Par là, je ne pense pas seulement aux mots ou aux concepts que nous employons, mais à ce minimum de vision de l’homme et du monde qui fait que l’on peut accrocher une parole ou un message à quelque chose que l’on sait avoir en commun avec d’autres. Aujourd’hui nous vivons en plein pluralisme et relativisme, dans une dispersion croissante des conceptions de la vie. Pour être libres, on nous fait croire qu’il faut être « tous différents ». Mais lorsque les différences ne viennent plus se greffer sur un tronc commun, elles ne peuvent plus communiquer entre elles.

Lors donc que nous sommes « envoyés » pour témoigner de Jésus-Christ, nous ne pouvons plus présupposer que nous trouverons automatiquement, chez les personnes que nous rencontrons, un terrain prêt à accueillir un témoignage évangélique. Il arrive que nous devions d’abord les aider à prendre conscience que ce terrain reste enfoui en leur coeur -porter le regard au-delà de l’univers matériel, s’interroger sur le sens de la vie et de la souffrance, éprouver le besoin de s’appuyer sur un autre auquel on donne toute sa confiance- pour que puisse résonner l’annonce qu’en Jésus nous avons un libérateur.

Dur, dur « Ite, missa est » par les temps qui courent !

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Septembre 2012 : Suivons le guide !

Le samedi 22 septembre 2012, notre diocèse célébrera une grande journée de la catéchèse, avec la présentation de l’ouvrage que nous avions modestement appelé « Guide catéchétique ». Il porte un titre qui est tout un programme :

Il est le Chemin, la Vérité, la Vie
Jésus, le Christ
Catéchisme pour tous les âges

Il s’agit d’un vrai Catéchisme rédigé à la fois pour enfants, adolescents et adultes selon les trois moments de l’apprentissage de la foi : la Première annonce, l’Initiation, l’Approfondissement. Cet ouvrage pédagogique de référence a l’intention de vous conduire toujours plus avant dans la découverte de « Qui est Jésus, le Christ ». Il répond à un besoin maintes fois exprimé. Nous avons, en effet, besoin d’une catéchèse de contenu qui nous permette de nous approprier les données fondamentales de la foi et de la vie chrétiennes.

J’exprime ici mes remerciements chaleureux pour tous ceux et celles qui ont collaboré à la rédaction, à l’illustration, à la relecture, à la mise en page de cette oeuvre collective qui trouvera, j’en suis sûr, un large écho bien au-delà des frontières de notre diocèse.

Déjà notre Service de la catéchèse et du catéchuménat s’active, avec la collaboration de la Pastorale des jeunes, pour proposer aux catéchistes des modes d’emploi de ce Guide par année pédagogique, par groupe d’âge et par situation de vie.

Il n’échappe à personne que l’enjeu de ce renouveau catéchétique est tout simplement l’avenir de la foi dans nos sociétés incertaines et déboussolées. La foi vient de l’écoute, disait saint Paul (cf. Romains 10, 17). Le Dieu qui se révèle demande qu’on lui prête attention, qu’on accueille sa Parole et que nous lui donnions notre assentiment. Cette Parole s’est faite chair. Le Christ est la plénitude de cette Parole. Il est « le Chemin, la Verité et la Vie » (Jean 14, 6) pour tous les hommes. A travers les chemins de nos vies, puissions- nous nous laisser conduire à Lui. Qu’en nous mettant à son écoute, nous découvrions Qui est Dieu et à quoi nous sommes nous-mêmes appelés. En le suivant comme des disciples pleins de confiance, nous mettrons en lui notre foi en disant, avec saint Pierre : « A qui irions-nous, Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68).

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Juin 2012 : Mois des ordinations

Cette année nous aurons la joie d'ordonner un prêtre et trois diacres en vue du sacerdoce. Heureux sommes-nous de voir aboutir à l'ordination ceux qui ont répondu généreusement à l'appel du Seigneur. On peut dire cependant que, comme dans la plupart des diocèses de France, la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux.

Nous ne pouvons pas imaginer l'Église catholique sans prêtres. D'autres Églises chrétiennes sont des Églises ou des communautés de la Parole. Nous sommes une Église de l'eucharistie et de la Parole. La Parole nous est annoncée sacramentellement dans l'eucharistie ; les deux ne sont pas dissociables, de même que Parole et Eucharistie ne sont pas dissociables du ministère ordonné qui se situe dans le prolongement du ministère apostolique.

Nous devons tout faire pour susciter, encourager, accompagner et faire aboutir des vocations. Dans les grands bouleversements que connaît la société quant à la famille, à la démographie, à l'éducation aux valeurs, la perspective de « tout laisser pour suivre » Jésus est à peine comprise. C'est pourtant une expérience unique de liberté, de générosité et de joie.

Il nous faut reprendre conscience de l'identité du prêtre et la nature de sa mission.La consécration sacramentelle le configure au Christ tête de son Église.Quelle différence entre son sacerdoce et celui de tous les baptisés ? Quelle différence entre le service qu'il rend et celui que peut rendre un fidèle laïc ? Le prêtre est un baptisé, mais un baptisé ordonné ; il vit de la Parole et il enseigne la Parole ; il chemine avec sa communauté, mais il est en même temps à la tête de sa communauté. Il a la mission de rendre le Christ présent et agissant dans ses sacrements.Il est appelé à être signe que le Christ est toujours présent pour se donner entièrement aux siens.

Aujourd'hui où les prêtres sont moins nombreux, nous nous rendons mieux compte qu'ils nous sont indispensables. Les jeunes vocations découvrent le vaste champ à semer et à moissonner qui s'ouvre devant eux : une aventure folle qui n'a de sens que parce qu'elle est vécue par amour, devant l'immense enjeu du salut des hommes. En redécouvrant ce qu'est le prêtre, nous nous rapprochons du Christ, l'unique Grand Prêtre de la nouvelle alliance, « vivant pour toujours » qui, à travers le ministère de ses prêtres, continue « d'intercéder en notre faveur » (Hébreux 7, 25).

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Mai 2012 : la Cathèdre

Le mot grec kathedra a été translittéré en cathedra en latin, pour devenir le mot cathèdre en français. Ce mot un peu archaïque désigne le siège épiscopal. Les églises dites « cathédrales » sont les églises où est présent le siège épiscopal. Il n'y a qu'une église cathédrale par diocèse. Il arrive que, pour des raisons historiques, on ait deux voire trois cocathédrales, souvenir d'anciens diocèses qui ont été réunis en un seul.

La loi française considère d'ailleurs comme cathédrales les églises qui étaient effectivement sièges d'un évêque lors de la séparation de 1905. Ces quatre-vingt sept cathédrales appartiennent à l'État, tandis que beaucoup d'anciennes églises cathédrales sont propriété de leurs communes respectives. On a donc retenu le critère canonique qui définit la cathédrale en fonction de la présence effective de la cathèdre épiscopale.

Il est question de kathedra dans deux passages des évangiles. Jésus chasse les vendeurs du Temple et renverse les « sièges » des marchands de colombes (Mt 21, 12) ; et plus loin : « les scribes et les pharisiens siègent dans la chaire de Moïse » (Mt 23, 2). Dans le premier cas, il s'agit de sièges au sens le plus banal du mot ; dans le second il faut traduire kathedra par chaire, lieu d'un enseignement donné avec l'autorité de Moïse.

Dans l'Église primitive, le mot cathèdre signifiant le siège de l'évêque a très vite été associé à l'autorité de l'enseignement des apôtres et de leurs successeurs. Au IIe siècle, on enquêtait déjà pour dresser la liste des « cathèdres » fondées par les apôtres, dans lesquelles était transmis l'enseignement qu'ils avaient donné. Tertullien de Carthage disait que dans les Églises fondées par les apôtres « les cathèdres des apôtres présidaient encore en leur place ». Déjà saint Cyprien, vers 250,considérait la cathedra Petri, « la cathèdre de Pierre » comme le noyau de l'Église depuis le moment où Jésus l'avait fondée en disant à Pierre : « Sur cette pierre je bâtirai mon Église ».

La cathèdre est devenue le synonyme de la permanence du ministère apostolique assurée par la succession des évêques. En effet, dans le siège ou cathèdre, les trois dimensions du ministère apostolique s'unissent : l'enseignement, la célébration et la présidence. Dès l'origine,celui qui préside la communauté préside aussi l'eucharistie. Déjà Justin, dans son Apologie composée à Rome vers l'an 150, nous dit que « celui qui préside » présente les dons et prononce la prière eucharistique (65, 3). C'est aussi lui qui, après la lecture « des mémoires des apôtres et des écrits des prophètes », prend la parole et exhorte les assistants à observer ces enseignements (67, 4).

La cathèdre, qui a donné son nom à l'église cathédrale, est donc le symbole du ministère apostolique qui unit l'enseignement de la Parole de Dieu, la présidence de l'eucharistie et la présidence de la communauté.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Avril 2012 : Pâques de Résurrection

En espagnol, on souhaite des « felices Pascuas de resurrección », alors qu'à Noël on dit « Pascuas de Navidad ». Pascua est devenu un nom commun synonyme de « fête ».Oui, si le mot fête a un sens, c'est le jour de Pâques, la fête par excellence. La fête vient ponctuer l'ordinaire de notre vie. Nous avons besoin de nous retrouver dans la joie de la fête. Pâques est la fête la plus inattendue du monde.

Au soir du Vendredi-Saint personne ne s'attendait à une suite heureuse à l'aventure de Jésus. Il avait bien prédit sa résurrection le troisième jour, mais cette annonce n'est revenue à la mémoire qu'après les événements.Comment donc la fête des fêtes est-elle entrée dans le monde ? Suivons l'évangile selon saint Jean :

-Tout commence par la visite au tombeau de Marie de Magdala. Elle est la première à voir que la pierre du tombeau a été roulée. Elle en conclut qu'on a enlevé le corps de Jésus ; elle court en informer Pierre et « le disciple que Jésus aimait » (Jean 20, 1-2).

- Pierre et l'autre disciple courent au tombeau. Le premier, Pierre entre et voit le linceul avec les bandelettes affaissées et le suaire qui recouvrait le visage encore enroulé à sa place. Mais il n'y a pas de corps. Quand l'autre disciple entre à son tour, « il vit et il crut ». De la vue des linges mortuaires à leur placemais sans le corps, il conclut que Jésus est vivant. Lui qui a été toujours proche de Jésus, il comprend par intuition que Dieu ne pouvait agir autrement avec son Fils Jésus.

- Quand Marie de Magdala se penche à son tour vers le tombeau, elle pense toujours que le corps de Jésus a été enlevé. Mais lorsqu'elle se retourne, elle voit Jésus vivant, sans le reconnaître au premier abord. Elle ira annoncer aux autres disciples « J'ai vu le Seigneur » (Jean 20, 11-18).

- Le Ressuscité se donnera ensuite à « voir » à ses disciples. Mais « heureux ceux qui ont cru sans avoir vu » (Jean 20, 29).

Marie de Magdala, puis les disciples ont vu ; le disciple bien-aimé a cru. Il a eu immédiatement la certitude intérieure que Jésus est ressuscité d'entre les morts. Le disciple est passé du signe du tombeau vide à la foi en la résurrection. Le signe appartient au monde de notre expérience sensible. La foi nous ouvre sur le monde des accomplissements des desseins de Dieu, au delà de notre perception sensible.

Notre foi a celle du Bien-aimé pour modèle exemplaire. Croire, c'est plus que voir. C'est percer le secret d'un Dieu d'amour victorieux de la mort, qui donne sens à mon existence et un but à la création toute entière.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Mars 2012 : Entrons en Carême

Le temps du Carême est celui du recentrement sur l'essentiel, de la purification intérieure et de la préparation à Pâques.

1. Nous avons plus que jamais besoin de faire le tri dans nos pensées, projets et sentiments pour ne pas nous laisser emporter par le flux des influences reçues, des déceptions éventuelles, des craintes de l'avenir. Il y a trop de facteurs qui jouent dans le sens de la dispersion et du découragement. Se recentrer, veut dire retrouver notre centre. Pour les chrétiens que nous sommes, le centre de notre être, c'est le Christ. « Pour moi, vivre c'est le Christ » disait saint Paul (Ph 1, 21). Saint Jean dit à profusion que Dieu demeure en nous, si nous accueillons sa Parole et la mettons en pratique. N'ayons pas peur : laissons le Seigneur prendre toute sa place en nous. Il vient habiter notre coeur par son Esprit. Lorsque l'Esprit s'installe en nous, Il ne nous déloge pas de nous-mêmes. Il nous affermit dans ce que nous sommes. Il vient inspirer nos pensées et nos actes et entretenir en nous le souffle de l'espérance.

2. La liturgie du Carême nous suggère de nous purifier de tout ce qui nous encombre. Comme Jésus au désert, dans son face à face avec le Père, sans aucune échappatoire, prenons le temps d'un examen de conscience, profitons des journées du pardon pour recevoir le sacrement de la réconciliation qui nous remet à neuf. Revenons aux choses vraies, dont nous écartent souvent les artifices de la vie actuelle. Revenons vers ceux qui nous sont confiés et que nous avons peut-être laissés au bord du chemin.

3. Nous savons que la préparation d'une fête est au moins aussi enthousiasmante que la fête elle-même. C'est la perspective de Pâques qui donne son sens à la démarche pénitentielle du recentrement et de la purification. Comme pour Jésus, les quarante jours passés au désert sont la préparation de son propre chemin vers sa Pâque de résurrection. Nous vivons de projets et d'espérance. Nous savons que notre parcours se terminera avec le Christ dans la vie éternelle qu'il nous a acquise. La vie est un long cheminement vers le but final qui en révélera tout le sens et la beauté. Notre vie chrétienne est une tension entre un « déjà » et un « pas encore ». Pas encore Pâques, c'est-à-dire la claire vision et la plénitude de la vie, mais déjà nous avons reçu « les arrhes de l'Esprit » (2 Co 1, 22) qui nous transformera tout entiers pour toujours.

La joie des préparatifs l'emporte sur les épreuves de la route. La note dominante du Carême, c'est cette joie.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Février 2012 : le Psy et le Spi

Lorsqu'un drame collectif survient, on dépêche sur place des psychologues pour écouter les victimes et leur apporter un soutien. L'écoute est une emission exigeante. Elle permet à une personne qui a subi une violence ou un traumatisme de mettre des mots sur son angoisse et de s'en délivrer. L'habileté du psychologue consiste à trouver avec la personne éprouvée le chemin qui va lui permettre de se reconstruire.

Qu'en est-il du prêtre qui, lui, procure une assistance spirituelle ? Il s'agit d'un autre registre que celui du psychologue. L'entretien spirituel suppose chez la personne une démarche de foi, ou aumoins une disposition à entrer dans une perspective de foi. Dans ce cadre, c'est la grâce du Christ qui agit en nous et nous guérit. Cette guérison nous saisit au niveau de notre être le plus profond, de notre esprit.

La psychè relève du traitement médical, le spirituel relève de la foi dans la puissance de la grâce du Christ. La direction spirituelle tourne vers Dieu. La psychothérapie opère un travail sur le sujet lui-même. L'Église a toujoursmis en garde contre la confusion des niveaux. Un prêtre n'est pas un psychothérapeute, et un psychologue n'est pas un accompagnateur spirituel. La confusion dans ce domaine peut conduire à des excès déplorables.

Chaque confession sacramentelle est un acte de guérison opéré par le Seigneur qui nous restitue la grâce perdue. La grâce de la vie nouvelle a évidemment des répercussions sur le registre de notre psychologie, mais elle n'opère pas à ce niveau. L'accompagnement spirituel est un chemin de liberté intérieure, qui mise sur le don de l'Esprit Saint, acteur décisif du dialogue entre le prêtre et la personne qui recherche son aide.

Ce qu'on appelle la santé psychique n'est pas un préalable au développement de la vie spirituelle. Il ne faut pas confondre bien-être psychique et paix intérieure de la conscience.

La distinction entre le niveau psychologique et le niveau spirituel renvoie à l'anthropologie. Qu'est-ce que l'homme ? Sommes-nous seulement un organisme doué d'une psychè, qui éprouve des sensations et des sentiments ? Le psychique a un enracinement organique ; il est partiellement conditionné par l'état de santé physique d'une personne. Le spirituel est d'un autre ordre. Saint Paul invite ses lecteurs à se laisser saisir par la grâce de Dieu « dans leur être tout entier : esprit, âme (psychè), et orps » (1 Thessaloniciens 5, 23). L'esprit est la partie de notre être lamoins conditionnée par l'organique et le psychique. Il est le siège de notre liberté profonde, des décisions qui nous engagent. Notre esprit est capable de recevoir l'Esprit de Dieu et de le laisser agir en nous.

Jésus lui-même nous dit : « Ce qui est né de la chair est chair. Ce qui est né de l'Esprit est esprit » (Jean 3, 6).

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Roland MINNERATH

Janvier 2012 : le Vin du nouveau Royaume

Parmi toutes les significations symboliques du vin qui nous sont familières dans l'Evangile, il en est une qui ne doit pas nous échapper, ll s'agit du " vin nouveau " qui n'est plus le produit de la vigne, mais le don de la vie éternelle. Avec sa pédagogie habituelle, Jésus nous conduit progressivement jusqu'à la plénitude de sens de ce vin nouveau qui fait craquer les vieilles outres (cf Mc 2,22).

Première étape :A Cana, l'eau changée en vin est plus qu'une heureuse surprise pour le maître de maison, C'est le premier signe messianique (Jn2,1-12). Ce vin miraculeux, on ( ne sait d'ou il vient r ; il a été gardé en réserve " jusqu'à maintenant ", en attendant que " I'heure soit venue ". Le signe annonce un événement décisif encore à venir.

Cet événement décisif n'est autre que le sacrifice que le Christ fait de lui-même, lorsque " son heure sera venue ". Le symbole laisse alors la place à la réalité qu'il signifie. Le " vin nouveau " ne coulera que parce que Jésus a réellement versé son sang pour nous. Prenant la coupe, il dit " ceci est mon sang, le sang de l'alliance, versé pour la multitude pour le pardon des péchés " (Mt 26 28).

Puis Jésus ajoute : " Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu'au jour ou je le boirai, nouveau, avec vous dans le royaume de mon Père " (Mt 26 29). Le vin nouveau redevient symbole de la mission accomplie, du royaume de Dieu ouvert aux croyants, du festin des noces de l'Agneau, de la descente de la Jérusalem céleste.

Le lien est clair entre le vin de l'offrande eucharistique, le sang de Jésus versé pour nous et le vin nouveau du royaume. Le sang réellement versé de Jésus nous fait basculer du symbole à la réalité du monde à venir. Ainsi I'eucharistie est déjà boisson de vie éternelle, vrai vin nouveau. L'eucharistie nous fait anticiper le banquet céleste. Elle nous permet de nous nourrir du Christ maintenant. Dans l'eucharistie, le vin n'est plus le vin ; et le " vin nouveau " est servi comme réalité déjà tangible du monde à venir.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Décembre 2011 : Noël pour de bon !

Depuis longtemps Noël est sécularisé. Dans notre société coupée de ses racines chrétiennes, Noël survit comme fête de famille (ce qui est bien) et de la consommation (ce qui est peu). Interrogez des gens de tous âges sur ce que représente Noël, vous aurez les réponses les plus inattendues. Ce qui arrive à la fête de la Nativité du Seigneur est symptomatique d'un processus plus général. Lorsqu'une société change de repère, elle continue dans ses habitudes antérieures en les vidant peu à peu de leur sens. On garde l'écorce, on perd la sève.

La célébration de la naissance de Jésus à Bethléem a donné lieu à une fête touchante, joyeuse, capable d'émouvoir toutes les générations. On a gardé la fête, sans se rappeler d'où elle vient. On réveillonne et on échange des cadeaux. Les enfants sont ravis, mais ils ne chantent plus, ou peu « Il est né le divin enfant…». C'est pourtant cet élan de foi simple qui a forgé des générations de chrétiens. Voyez les crèches construites dans les pays catholiques. Chacune est une miniature du village ou dumilieu où vivent les gens. Ils se reconnaissent dans les personnages qui convergent vers l'enfant qui vient de naître,mêlés aux bergers d'Israël et aux anges du ciel qui chantent à tue-tête « Gloria in excelsis Deo ».

De belles traditions restent liées à la fête de Noël.ARome depuis le Capitole, on bénit la Ville avec le BambinGesù. Pendant le temps de Noël, dans les églises, le dimanche après-midi, des enfants montent tour à tour en chaire prononcer quelques phrases au grand ravissement de leurs parents et famille.

Il est vrai que Noël donne lieu à un déploiement de solidarité envers les personnes isolées. C'est très beau. Il serait dommage que l'on oublie qui nous a donné ce sentiment d'attention envers les plus pauvres et ce souci de recréer du lien avec ceux qui sont marginalisés.

Al'époque du communisme en Allemagne de l'Est, on appelait les anges qui étaient associés à Noël dans l'art « des manifestations de fin d'année ». On va d'ailleurs échanger des voeux à l'occasion « des fêtes de fin d'année », ou à l'occasion
« des fêtes », le mot Noël devant apparemment écorcher les lèvres de quelques-uns.

Ceux qui n'ont pas connu les Noël pleinement Noël de nos enfances n'ont pas goûté ce sentiment de communion profonde animant un immense peuple qui accueille son Sauveur. Nous dirons : « Joyeux Noël », « heureuse Nativité ».Merci à saint François d'Assise de nous avoir donné la crèche et toute sa poésie. Nous chanterons à tue-tête : « Il est né…».

Rien de plus prodigieux n'est arrivé dans l'histoire humaine.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Novembre 2011 : Assise III

Le 27 octobre a eu lieu àAssise la troisième réunion interreligieuse à l'invitation de Benoît XVI. Il y a vingt-cinq ans, on avait précisé que les différentes religions se réunissaient pour que chacune puisse prier pour la paix. On était « ensemble pour prier, pas pour prier ensemble ».

Cette année, pour mieux montrer qu'il n'est pas possible de prier ensemble, chaque communauté priera avant le départ pour Assise. Le thème dominant est le pèlerinage. Il est vrai que la plupart des religions ont des éléments communs comme le jeûne, la prière, l'aumône, le pèlerinage. Chaque communauté est donc invitée à se mettre en route. Mais vers quel but ? BenoîtXVI insiste que la démarche religieuse doit conduire à la vérité. Pour nous, le Christ est « le Chemin, la Vérité, la Vie » (Jean 14, 6).

Cette année, il y aura aussi des représentants des incroyants qui sont censés incarner les valeurs universelles de l'humanité. La notion de rassemblement religieux se dilue donc. Les médias ont vite fait de présenter toutes les religions sur le même plan, en laissant entendre qu'elles disent toutes la même chose sous des expressions différentes. Ce point de vue n'est évidemment pas le nôtre.

Force est de constater que les fruits d'Assise I (1986) etAssise II (2002) enmatière de paix sont inexistants.Au contraire, les guerres, le terrorisme international et les persécutions à caractère religieux se sontmultipliés.On sait que le groupe religieux le plus persécuté dans le monde est celui des chrétiens. On en a des exemples dramatiques quasi quotidiennement, sur fond d'islam, d'hindouisme ou d'athéisme officiel.

Peut-on vraiment espérer que toutes les religions –et les groupes areligieux- soient prêts à fournir aumonde une contribution réelle et durable pour la paix et la justice ? Le panorama est bien complexe. Les religions et les systèmes de pensée n'ont pas les mêmes paramètres d'évaluation de la vie, de la liberté individuelle, du rapport de la religion avec la nation et l'État, des rapports de la foi religieuse et de la raison, etc. La plupart des « religions » s'identifient avec des intérêts nationaux, ethniques ou culturels.

Lamission de l'Église est d'annoncer « la paix que [le Christ] nous donne », « non pas comme le monde la donne » (Jean 14, 27). L'Église ne connaît pas d'autre force de réconciliation et de paix que le Christ. « C'est lui qui est notre paix ; de ce qui était divisé il a fait une unité »…« A partir du Juif et du païen, il a créé en lui un seul homme nouveau » (Éphésiens 2, 14-15). Alors autant être humbles et explicites. Par ses seules forces naturelles, l'humanité ne surmontera jamais ses oppositions. Ce n'est pas sans raison qu'il nous a fallu un Sauveur. Nous n'avons pas d'autre paix à annoncer que lui, parce que les paix bricolées par les hommes ne tiennent pas.

Peut-être qu'à force d'aller en pèlerinage à Assise, les hommes religieux –et maintenant aussi les autres- finiront par devenir moins agressifs, entretiendront moins de préjugés et d'arrièrepensées. Peut-être iront-ils jusqu'à reconnaître dans notre commune humanité le fondement d'une éthique du respect mutuel, qui distingue la démarche de la foi religieuse de l'appartenance citoyenne. Ce serait déjà un pas en direction de ce que nous considérons comme la « vérité » des rapports entre le domaine religieux et le domaine civil.

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Roland MINNERATH

Octobre 2011 : la Vie Consacrée

Le dimanche 1B septembre, notre diocèse s'est réjoui d'accueillir dans I'ordre des vierges consacrées quatre sæurs qui avaient antérieurement fait partie de la Communauté des Béatitudes. Elles ont décidé de former la nouvelle Fraternité des Soeurs de la Sainte-Enfance de Beaune. Ainsi le culte et la spiritualité de l'Enfant Jésus continuera à rayonner depuis Beaune.

La démarche de nos quatre soeurs nous a permis de redécouvrir I'importance de la vie consacrée dans notre Église. Depuis les origines cette forme de vie exrste. Dès le ll' siècle on connaît l'ordre des vierges et l'ordre des veuves, les unes et les autres se dévouant à différents types de service. Puis avec la naissance du monachisme, des hommes et des femmes ont choisi de vivre soit en communauté (cénobites) soit isolées (ermites). Ces personnes qui s'adonnent à la prière et à la pénitence transmettent la foi et sont recherchées pour leurs conseils.

Aujourd'hui on regroupe sous le terme de " vie consacrée " un état de vie dans l'Église qui englobe les religieux proprement dits qui vivent dans des ordres ou des congrégations et qui prononcent les trois conseils évangéliques, ainsi que les personnes qui se consacrent à Dieu en vivant dans des engagements apostoliques au milieu du monde. A ceux-ci s'ajoutent les ermites et les vierges consacrées, lesquelles peuvent vivre leur engagement seules ou associées avec d'autres.

La consécration est l'affirmation que notre vie appartient au seul Seigneur. Les trois conseils évangéliques -pauvreté, chasteté, obéissancesont I'exact contrepied de ce que le monde a tendance à idolâtrer : l'argent, le désir, le pouvoir (cf. 1 Jean z, to;. Etre consacré, c'est laisser transparaître le Seigneur par tous les aspects de la vie. C'est une réponse donnée à la parole de Jésus : " Cherchez d'abord le royaume et la justice de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît " (Matthieu o, gs). C'est aussi l'affirmation tranquille et joyeuse que " le monde passe avec sa convoitise " (1 Jean2,17), et que " notre cité à nous est dans les cieux " (Philippiens 3, zo). Dire cela aujourd'hui, après desdécennies d'occultation de la dimension eschatologique de notre existence chrétienne, est un énorme défi. Merci aux personnes consacrées de relever ce défi et de proclamer par leur vie ce que beaucoup n'osent même plus penser : notre vie est en tension vers une plénitude qui nous sera donnée dans un au-delà de l'existence présente.

Les consacré(e)s sont des sentinelles de la vie éternelle. lls ont totalement ancré leur espérance dans Ie monde quivient. Seulement eux ? Et nous ? En fait, les personnes consacrées dans l'Église sont les signes tangibles de l'espérance qui nous habite tous, nous pérégrinons dans la foi, pour que nous ne prenions pas le passager pour le définitif, I'ombre pour la réalité, la cité des hommes pour la cité de Dieu.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Septembre 2011 : Évangéliser

Depuis une vingtaine d'années nous parlons de nouvelle évangélisation. Ce cahier est consacré aux efforts que le diocèse entreprend dans ce domaine. Il faut prendre du recul. Il n'est pas nécessaire d'expliquer pourquoi cet effort s'impose à nos diocèses d'Europe occidentale, où le phénomène del'indifférence religieuse est devenu omniprésent. Mais comme tous les phénomènes de l'histoire, celui-ci n'est pas destiné à durer indéfiniment. Il est possible que nous ayons des surprises.

L'Église a toujours cherché à évangéliser. D'abord en direction des baptisés. Ceux-ci se sont toujours répartis en trois cercles : les proches convaincus, pratiquants et engagés : les évangéliser, c'est initier à la foi, catéchiser, approfondir, accompagner. Le deuxième cercle des pratiquants occasionnels aux grands moments de la vie : les évangéliser, c'est les éveiller à une foi plus personnelle, les aider à découvrir en qui ils croient, les renforcer dans leur sentiment d'appartenance à l'Église. Le troisième cercle est composé des baptisés qu'on ne reverra qu'aux funérailles et à tel événement familial. Ils ont encore des réflexes chrétiens, mais tout est flou dans leur tête. Les évangéliser, c'est leur redonner le goût du christianisme et de la vie de l'Église en tâchant de trouver le geste, le symbole ou l'événement par lesquels on peut les toucher.

Puis il y a l'évangélisation en direction des non baptisés, qu'ils appartiennent ou non à une autre religion. Chaque année, il y a d'admirables conversions d'adultes dans nos diocèses. Ils sont le signe que nous sommes capables de transmettre l'Évangile, y compris en ces temps difficiles. Aujourd'hui ce travail d'approche individualisé est réalisé par des mouvements d'Église qui ont ce charisme ou par de simples fidèles qui donnent un témoignage lumineux de la foi qui les fait vivre.

Pour évangéliser il ne faut pas compter sur les techniques, les grandes initiatives qui restent sans lendemain. Il faut convaincre. On ne convainc que si l'on est soi-même convaincu. Les discours théoriques restent sans effet. Plusieurs points caractérisent notre société : la force des images, le formatage des esprits par les médias, le désert spirituel et la solitude affective de beaucoup de personnes. Évangéliser, c'est laisser l'Esprit Saint donner le goût de la liberté des enfants de Dieu à des personnes qui ignoraient tout du Christ et de l'Évangile. C'est aussi leur montrer qu'être chrétien, c'est vivre autrement. Là est notre plus grand défi.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Juin 2011 : Au nom du Seigneur, je vous appelle

Le mois de juin est celui des ordinations sacerdotales. Cette année, notre diocèse aura la grâce de célébrer l'ordination de deux nouveaux prêtres. L'an dernier, souvenezvous, nous n'avions pas eu cette joie. Les prêtres avaient alors décidé de célébrer la fête de saint Pierre et saint Paul par une journée festive à l'Abbaye de Fontenay. Dans beaucoup de diocèses français, il n'y a plus eu d'ordination depuis des années. Nous rendons grâce pour les prêtres que Dieu nous donne.

Quand on parle de « vocation », on désigne sous unmême vocable deux démarches différentes et complémentaires, l'une intérieure, l'autre extérieure et publique. Lorsqu'un jeune ou un moins jeune entre au séminaire, il dit « j'ai la vocation » ; il exprime un ressenti personnel. Lorsqu'au terme de sa formation il aboutit à l'ordination, il dit : « j'ai été appelé ». Le parcours du temps de la formation est celui du passage de la vocation ressentie personnellement à la vocation de la part de l'Église. En fait, la vocation se conjugue toujours au passif : on est appelé ; on ne s'appelle pas soi-même. Tant dans la vocation personnellement ressentie que derrière les responsables ecclésiaux qui appellent, c'est le Seigneur qui agit. La première phase de la vocation est cependant la plus importante ; elle est décisive. Le Seigneur s'adresse à nous au plus profond de notre coeur. On peut se sentir appelé très jeune ou à l'âge mûr. Cet appel peut être ressenti plus ou moins clairement. Il faut lui donner le temps du discernement et de la décantation. On peut, en effet, être attiré par certains aspects de la vie sacerdotale éventuellement idéalisés qui ne correspondent pas à la réalité d'aujourd'hui. On peut avoir été impressionné par un modèle que l'on voudrait imiter, mais qui n'est pas à notre portée.

Le temps de discernement du séminaire consiste donc à vérifier que l'appel ressenti s'inscrit dans une relation inaltérable entre le Seigneur et nous, qu'aucune circonstance extérieure ne peut ébranler. Il faut aussi tester la disponibilité du candidat à exercer son futur ministère en communion avec d'autres. On ne devient pas prêtre pour réaliser un charisme personnel sans tenir compte des besoins des fidèles.

Au terme de cette période de vérification, le temps est venu où les prêtres accompagnateurs du séminariste donnent un avis. Il appartient alors à l'évêque d'appeler le candidat, de l'appeler au nom du Seigneur. Le candidat a dès lors l'assurance qu'il n'a pas suivi une illusion et que l'appel qu'il avait ressenti au fond de son coeur a été authentifié par l'appel de l'Église. L'Eglise est l'instrument authentique par lequel une personne est appelée par Dieu pour le service des frères. A travers l'Église qui exerce son discernement, c'est le Seigneur qui appelle celui dont il veut faire un disciple à la manière des apôtres. « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, dit Jésus aux Douze, c'est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jean 15, 16).

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Roland MINNERATH

Mai 2011 : Bienheureux Jean-Paul II

La procédure a été rapide. A peine six ans après sa mort, voici notre pape Jean-Paul bienheureux. Son long pontificat de près de vingt-sept ans de pontificat a marqué l'Église comme aucun autre depuis le XIXe siècle. De nombreuses biographies du pape circulent, la meilleure étant celle de George Weigel, en deux volumes, non traduite en français. J'ai de nombreux souvenirs personnels de mes rencontres avec Jean-Paul II dans le cadre de mes années passées au Conseil pour les Affaires publiques de l'Église.

Le pape Jean-Paul était avant tout un prêtre et un homme de prière. Il rayonnait une puissance spirituelle inouïe. Tous ceux qui l'ont approché ont été impressionnés par sa capacité de recueillement. Dans la prière il puisait son énergie. C'était aussi un prêtre qui savait pardonner, comme il l'a fait pour celui qui avait failli l'assassiner.

Il avait au plus haut point le sens de sa mission. C'était un pasteur pour tous les milieux, âges conditions, un leader-né, un génie de la communication. Pendant presque vingt-sept ans il a accueilli trois fois par jour à sa table. Samesse quotidienne était toujours ouverte à des groupes de visiteurs ou de pèlerins. Cet homme aux vastes desseins savait être présent à chacun avec beaucoup d'attention. Il avait une mémoire étonnante des personnes et des menus faits qui les caractérisaient.

Jean-Paul II était un mystique actif. Il avait le sens des grandes forces à l' uvre dans l'histoire. Il a fait basculer l'histoire en Europe centrale et orientale. En Pologne on se rend compte de la trace immense qu'il a laissée. On n'a toujours pas démonté le podium sur lequel il avait célébré lors de sa visite à Cracovie.

Sa parole était souvent celle d'un prophète qui dénonce les systèmes sociaux injustes comme en Pologne ou en Amérique latine. Son souci était la nouvelle évangélisation,dont nous cherchons encore les voies. Il prêchait partout la liberté de religion, sans être toujours écouté. Le changement de millénaire a beaucoupmobilisé sa méditation.

Son thème de prédilection était l'anthropologie. « L'homme est la route de l'Église » écrivait-il dans sa première encyclique. Pour lui, l'homme était avant tout l'homme écrasé et dépossédé de lui-même que les systèmes totalitaires du XXe siècle avaient produit.Acet homme il fallait restituer sa dignité d'enfant de Dieu, fait à l'image de son Créateur. C'est pourquoi Jean-Paul II était tellement sensible à la question des droits de l'homme, auxquels il était urgent de donner un fondement transcendant, inattaquable, fondement qui faisait défaut dans les conventions internationales.

Puissions-nous poursuivre l' oeuvre de nouvelle évangélisation qu'il a esquissée, avec la même ardeur infatigable et la même confiance en Celui à qui « appartiennent le temps et l'éternité ».

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Roland MINNERATH

Avril 2011 : l'esprit oecuménique

Avons-nous un esprit oecuménique ? Au premier degré, l'esprit oecuménique, c'est l'ouverture sur l'universel, embrassant toute l'oikouménè, la terre habitée, le monde humanisé par l'homme. Dans notre vocabulaire ecclésial, l'esprit oecuménique s'entend de l'ouverture aux chrétiens des autres Églises et communautés ecclésiales qui ne sont pas en pleine communion avec nous. Avoir l'esprit oecuménique suppose que l'on s'intéresse à eux, que l'on s'informe à leur sujet, que l'on entre en dialogue avec eux, que l'on prie ensemble, que l'on lise ensemble la Bible et que l'on entretienne dans le coeur de chacun le désir de l'unité.

Qui a l'esprit oecuménique est attentif à ce que l'autre chrétien nous fait découvrir du Christ et de la fidélité à l'Évangile. L'esprit oecuménique vise à surmonter les préjugés. C'est un même baptême qui nous unit déjà dans le mystère de l'unique Corps du Christ. Tout ce que nous croyons en commun, nous pouvons aussi le célébrer en commun : partage de l'Écriture, prière, engagement commun au service de l'homme et de la société.

L'esprit oecuménique a produit des résultats remarquables au plan des dialogues théologiques bilatéraux et multilatéraux. Moi-même je suis engagé dans le dialogue entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe. Ma conviction est que ce dialogue officiel ne peut être fructueux que s'il est porté par l'esprit oecuménique de nos communautés respectives.

Un fruit admirable de coopération entre Églises chrétiennes est la traduction oecuménique de la Bible, dont une nouvelle édition, parue en 2010, associe pour la première fois les Orthodoxes aux Catholiques et aux Protestants. Nous savons aussi que l'engagement au service des grandes causes de l'homme, partout dans le monde, est beaucoup plus incisif lorsqu'il est porté par tous les chrétiens ensemble.

Il est indispensable de cultiver l'oecuménisme spirituel, celui de la prière, du partage et de l'apostolat commun. Des chrétiens ne devraient pas se livrer au prosélytisme auprès d'autres chrétiens. Le monde non croyant attend de nous un témoignage d'unité et non de division.

L'oecuménisme entre chrétiens n'est fécond que s'il est accompagné d'un dialogue intense avec le judaïsme, notre tronc commun à tous, celui de la première alliance par laquelle Dieu a préparé l'humanité à recevoir l'effusion de l'Esprit grâce à l'unique Médiateur, le Christ.

Le chemin parcouru ensemble est déjà long. Il ne faut pas se décourager en cours de route, ni se fixer des objectifs impossibles à atteindre. Si nous nous laissons guider par l'Esprit Saint, il saura nous conduire là où le Christ nous reconnaîtra « un comme le Père et moi nous sommes un » (Jean 17, 11).

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Mars 2011 : la Charité est sans frontière

Cette année, le CCFD-Terre Solidaire fête son cinquantième anniversaire. En 1961, la FAO avait lancé un vibrant appel pour combattre la faim dans le monde. C'était l'année de l'encyclique de Jean XXIII, Mater et Magistra, époque de croissance économique et démographique sans précédent, alors que se posait l'immense problème du développement du tiers monde. Cinquante ans après, Benoît XVI relève dans Caritas in veritate, (N° 27) que le défi de la faimn'est toujours pas relevé.

Pourtant le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, répondant à l'appel de 1961, travaille depuis lors sans relâche, par ses nombreuses réalisations, à créer des pôles de développement pour aider les populations les plus démunies à se prendre elles-mêmes en charge.

Le CCFD est composé de 25 mouvements ou services d'Église. Dans chaque diocèse est implantée une antenne du CCFD, qui récolte les dons et sensibilise aux projets de développement lancés chaque année. Le CCFD est devenu la première ONG française de développement. Il est aussi l'une des expressions les plus visibles de la mission caritative de l'Église. Grâce au CCFD, des milliers de catholiques sont parties prenantes dans la solidarité avec les plus pauvres, à l'autre bout du monde.

L'action du CCFD s'inscrit dans le mot d'ordre de saint Augustin : « Dilatentur spatia caritatis – il faut élargir l'espace de l'amour du prochain (Sermon 69, 1) », car la charité selon l'Évangile ne connaît pas de frontière.

Pour le donateur, cela suppose une double disponibilité : participer au soulagement de la misère sur d'autres continents, et faire confiance à l'organisation pour le meilleur usage de ses dons. Comme il ne s'agit pas de réalisations de proximité, la motivation du donateur est bien celle de l'extension sans limite de la notion de « prochain ». « Si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous ? Les publicains n'en font-ils pas autant ? » (Mt 5, 46)

La charité n'est pas soluble dans l'humanitaire. Elle en est l'inspiration. C'est l'intention qui donne sens au geste de solidarité. Si l'intention est évangélique, nous sommes dans notre mission et nous n'avons pas à le cacher.

L'Église catholique est cohérente avec son nom lorsqu'elle porte le souci de l'humanité entière, comme elle l'a toujours fait par ses missions et sa présence solidaire sur tous les continents. Si les bénéficiaires des dons provenant de la charité chrétienne pouvaient remonter à l'intention qui les a suscités, ils rencontreraient l'Évangile du Christ qui est à leur source.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Février 2011 : Foi et Culture

Le rapport entre foi et culture est au coeur de notre expérience chrétienne.On peut le résumer ainsi : la foi inspire la culture ; la culture exprime la foi. Par culture, on entend toutes les formes d'expression d'une vision du monde et un genre de vie. La culture a une dimension scientifique, philosophique, symbolique, littéraire, artistique, institutionnelle. Elle exprime notre rapport aux autres, à la société, au monde. Une culture n'est jamais figée une fois pour toutes, sinon elle meurt. Une culture assimile des éléments d'autres cultures, dans un processus jamais achevé. La culture est l'ensemble des valeurs et des normes qui orientent notre comportement. La question foi-culture est plus vaste que foiraison ou foi-science, qu'elle englobe.

Aujourd'hui la question des rapports entre foi et culture se pose autrement que dans un passé encore assez récent. Le christianisme a
modelé les grands axes de la culture européenne. Sur tous les plans, il amarqué de son empreinte notre vision de la personne humaine, du rapport entre le spirituel et le temporel, dans l'art (roman, gothique, baroque), lamusique, la peinture, la littérature, les institutions politiques. On déplore aujourd'hui que les jeunes générations, ignares du passé chrétien, sont incapables de comprendre les uvres d'art majeures de notre patrimoine.

Puis est venue une phase de notre histoire où la foi n'a plus été sollicitée par la culture,mais où la culture a encore vécu sur l'acquis de l'apport chrétien en le sécularisant. La culture moderne des droits de l'homme n'est compréhensible que comme une vision séculière de la personne humaine et de ses droits. Or que se passe-t-il actuellement ? Le filon de la culture qui cesse d'être alimentée par la foi s'épuise. Ainsi, par exemple, on ne sait plus pourquoi on tient la personne pour une valeur indisponible. Alors on avance des arguments pour dire que l'embryon n'est pas une personne ou qu'il faut abréger une fin de vie sous prétexte qu'elle est dépendante.

Nous nous déplaçons dans un paysage encore marqué par des références chrétiennes. Mais il y a de fortes chances pour que nous dérivions vers une culture technicienne utilitariste, d'où toute dimensionmétaphysique et spirituelle sera absente. Il y a quelques années je visitais l'exposition de peinture contemporaine de la biennale de Venise. J'en suis sorti éc uré. Aucune lueur d'espérance. Rien. Le nihilisme. Je pensais aux chefs d' uvre sans nombre que produisait l'art lorsqu'il était alimenté par la foi…

La culture est l'expression d'une vision de l'homme et du monde qui lui est antérieure. Elle travaille sur un donné qu'elle est incapable de produire. Lorsque la foi et l'espérance chrétiennes ne fournissent plus ce donné, voyez le résultat. Si la culture postmoderne ne veut plus du christianisme, le christianisme a toutes les ressources pour inspirer une culture alternative, comme aux premiers siècles de son histoire.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Janvier 2011 : L'Église, Famille de Dieu

Une des façons de retrouver le sens de la famille dans notre société déboussolée est de se pencher sur ce que la Bible dit au sujet de l'Église - famille de Dieu. Ce thème est devenu un thème majeur de la théologie africaine contemporaine, pour la bonne raison que la famille reste un pilier de la société africaine. En reprenant le thème de l'Église-famille, le synode sur l'Afrique de 2009 a cherché à promouvoir les liens de solidarité entre les générations et à relier les générations des ancêtres, et aussi à favoriser la réconciliation entre tous les baptisés.

Lorsque nous ouvrons la Bible, lemodèle familial qui s'impose n'est pas optionnel. La famille est fondée sur le mariage. Les époux, les enfants, la famille patriarcale sont liés par la fidélité et le soutien mutuel. Le Christ a sanctifié la famille issue du projet du Créateur, en vivant lui-même dans une famille humaine. Saint Paul a présenté l'amour indéfectible des époux comme une icône de l'amour que le Christ porte toujours à son Église (Ep 5, 32). Souvent dans la Bible, le modèle des relations familiales est étendu aux relations sociales. Le roi doit être comme un père pour ses sujets. La cité doit être gouvernée selon la justice, qui accorde à chacun ce qui lui est dû. Nos concitoyens sentent-ils qu'ils appartiennent à une même famille culturelle, avec une même histoire partagée ?

Paul écrivait aux Éphésiens passés du paganisme à la foi : « Vous êtes de la famille de Dieu » (Ép 2, 19). La 1 Timothée contient un passage où Paul indique à son compagnon « comment se conduire dans la maison de Dieu qui est l'Église du Dieu vivant » (1 Tm 3, 15). La maison se réfère autant à l'Église-construction, au temple vivant formé par les disciples de Jésus, qu'à la maisonnée, qui regroupe famille, parenté et personnel de service, comme chez le centurion Corneille qui se convertit avec « toute sa maison » (Ac 10,2.7.24).

Dans l'Église, il n'y a qu'un Père du ciel et nous sommes tous frères (Mt 23, 9). Entre frères et soeurs, il y a des différences de rôle. Le frère ou la soeur ainée doit se conduire en modèle pour les plus jeunes. Le ministre ordonné qui préside à une communauté doit manifester la paternité de Dieu faite d'écoute et d'accueil, en même temps qu'il doit enseigner et guider avec fermeté. Paul rappelle aux chrétiens qu'il a évangélisés à Thessalonique : « Traitant chacun de vous comme un père ses enfants, nous vous avons exhortés, encouragés et adjurés de vous conduire d'une manière digne de Dieu » (1 Th 2, 11-12).

L'humanité, que le Magistère appelle souvent la « famille humaine », est encore loin de se sentir une, mais elle est la famille de Dieu puisqu'elle a Dieu pour Père, qui accorde ses bienfaits aussi bien à ceux qui le vénèrent qu'à ceux qui l'ignorent. L'Église « sacrement de l'unité du genre humain » (Lumen gentium 28) préfigure la famille humaine rassemblée autour de Dieu, le Père de tous les hommes. L'Église est attendue pour être, spécialement en des temps troublés, le signe de l'unité fondamentale du genre humain, où tous les hommes sont appelés à se comporter envers les autres dans un esprit de fraternité. Le temps de l'Église est celui de la croissance du corps des disciples du Christ. Lorsque ce corps atteindra la plénitude de sa taille, l'Église - famille de Dieu coïncidera avec l'humanité - famille de Dieu.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Décembre 2010 : le Mystère du Commencement

Toute vie créée a un commencement.Seul Dieu n'a pas de commencement.Il est de toujours. Le temps et l'espaceont été créés par lui. Le monde créé auquel nous appartenons par nos corps passera. Mais nous croyons que la vie des hommes est destinée à n'avoir pas de fin. L'Esprit de Dieu,qui a saisi notre esprit dès le jour de notre baptême, opère en nous un travail de transformation, de spiritualisation qui ne s'achèvera que dans la résurrection de la chair et la transformation totale de tout l'univers. Notre âme humaine qui porte l'esprit, sera transformée dès sa séparation d'avec le corps. Le corps et l'univers matériel seront transformés à leur tour.

Lorsqu'un enfant naît, il est destiné à mourir selon la chair, mais pas selon l'esprit. Nous avons tant de mal à parler de ces réalités, qui constituent pourtant l'interrogation fondamentale de notre existence. Pour comprendre, ou plutôt pour contempler cette réalité, nous avons Noël devant les yeux. L'enfant de Bethléem naît selon la chair de la Vierge Marie. Il connaîtra la mort - et quelle mort - selon la chair. Le troisième jour se réalisera pour lui ce qui est promis à lacréation entière. Dieu le ressuscitera d'entreles morts. Sa chair sera transformée en gloire,en existence spirituelle et définitive, hors dumonde créé de l'espace et du temps.

Les hommes ne peuvent créer la vie.Grâce àla science, ils savent seulement la manipuler. Mais la vie humaine, dès l'instant de la conception, n'est pas une chose dont on peut disposer. Elle s'inscrit dans le mystère de la création et de la rédemption, dans le dessein salvifique de Dieu, qui veut s'associer pour toujours ses créatures qu'il suscite par amour.

Regardons l'enfant de la crèche en ce temps de Noël. Il a la même fragilité que tous les nouveau-nés du monde. Il a besoin deprotection et d'amour. Devant un petit enfant, on voit les êtres les plus durs s'émouvoir,sourire, retrouver quelque chose de leur condition première de fragilité qui a besoin de l'amour des autres pour exister. L'enfant de Noël, c'est le commencement de l'humanité qui ne doit plus mourir. Quelles que soient les tribulations de la vie adulte et vieillissante, les hommes peuvent maintenant s'identifier à Celui qui est venu s'identifier à eux, à leurs inquiétudes et à leurs souffrances. Voici quel'Emmanuel (Matthieu 1, 23) chemine avec nous,l'homme nouveau qui vaincra le mal et la mort,et qui permet à « notre homme intérieur de se renouveler de jour en jour» (2 Corinthiens 4, 16).

Au milieu du tourbillon de nos journées et denos années qui passent, saisissons le tempsde Noël pour remettre les choses à leur vraieplace, car « rien ne pourra nous séparer del'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christnotre Seigneur » (Romains 8, 38).

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Novembre 2010 : l'oubli et le pardon

Le mois de novembre se prête à la méditation sur nos vies qui passent. Notre mémoire est naturellement sélective. Elle conserve des souvenirs heureux ou malheureux qui configurent notre présent. C’est notre passé vivant.D’autres événements passés de notre vie sont refoulés dans le subconscient, d’où ils peuvent resurgir quand on ne les attend pas. D’autres encore sont définitivement engloutis dans l’oubli. C’est notre passé mort.

Il en va tout autrement des mémoires électroniques mises en place ces dernières années, qui ont une capacité de stockage illimitée, et une possibilité d’accès immédiat. Elles conservent toutes les traces qu’elles ont un jour recueillies, sans tri, sans élagage, sans interprétation. Au point qu’on parle maintenant d’un droit à l’oubli sur internet.

Selon les cultures, le rapport au temps n’est pas le même. Chez certains peuples, le passé est davantage présent que chez d’autres. Ainsi en Orient, par exemple, le souvenir de la IVe croisade qui conduisit à la prise et au pillage de Constantinople par les croisés en 1204 reste très vivant. Les mémoires individuelles et collectives ne sont pas synchronisées. Ce qui a été refoulé ou oublié pour les uns reste mémoire vivante pour les autres. Les humiliations ou les injustices subies par les personnes ou les peuples s’oublient difficilement. L’histoire nous montre que les vaincus attendent patiemment de devenir les vainqueurs à leur tour. Et le cycle recommence.

Que nous dit Jésus ? « Pardonnez, et on vous pardonnera » (Matthieu 7,1), parce que Dieu pardonne toujours à celui qui l’implore. Pour nous croyants, nous contemplons en Jésus celui qui « par le moyen de la croix a tué la haine » et « créé en lui un seul homme nouveau » (Ephésiens 2, 15-16). Jean-Paul II avait prononcé une grande demande de pardon pour les fautes commises par des responsables de l’Église dans le passé. Le pardon est le seulmoyen de sortir du cercle infernal des revanches, de la mémoire vive d’un passé qui fait mal aujourd’hui. Pour demander et accorder le pardon, il faut que les personnes et les peuples se donnent un horizon commun sur lequel se réconcilier. L’Allemagne et la France se sont réconciliées après la guerre. C’est un exemple rare et réussi. Le pardon ne refoule pas le passé douloureux dans le subconscient. Il ne cherche pas non plus à l’effacer dans l’oubli. La requalification du mal subi en mal pardonné guérit la mémoire de sa blessure. Alors seulement le mal passé cesse de nous faire encore mal aujourd’hui, et l’avenir est ouvert sur un nouveau commencement.

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Roland MINNERATH

Octobre 2010 : envoyés en Mission
Nous ne cessons de répéter que l’Église est missionnaire. Dans son origine, la mission est l’envoi par le Christ : « Allez de toutes les nations faites des disciples (Matthieu 28, 19). L’Église est toujours et partout missionnaire. Elle est en mission là où elle est déjà implantée. Elle exerce sa mission lorsqu’elle célèbre, enseigne, se met au service des hommes. Elle est missionnaire lorsqu’elle va vers ceux qui sont encore loin. La mission prend alors la forme de la première annonce, du kérygme. Exactement comme les Apôtres, elle fait connaître l’événement inouï advenu dans leur histoire : Dieu venu vers nous, se livrant entre nos mains, pour mourir et ressusciter et nous entraîner dans sa vie. Le but de la première annonce, c’est de mener à la conversion, au demi-tour existentiel par lequel une personne décide de se tourner vers Dieu révélé par Jésus-Christ.

Il existe une autre mission ecclésiale qui consiste en un envoi vers une autre Église locale pour la renforcer tant en interne que tournée vers l’extérieur. Cette forme d’entraide entre Églises locales a été pratiquée depuis les temps les plus reculés. Les grands ordres religieux actifs comme les Franciscains, les Dominicains ou les Jésuites, lorsqu’ils sont implantés en un lieu, participent selon leurs charismes propres à la mission de l’Église locale, par l’enseignement, les engagements pastoraux et tous les services rendus.

Depuis 1957, le clergé diocésain participe aussi d’une manière organisée à ce type d’entraide entre Églises locales. Des prêtres diocésains qui ont cette vocation peuvent être mis à la disposition d’un autre diocèse pour y soutenir le travail de l’Église locale tant ad intra qu’ad extra. Ces échanges « fidei donum » sont formalisés par un accord signé par l’évêque qui envoie, l’évêque qui accueille et par le prêtre lui-même.

Notre diocèse pratique ce type d’échange dans les deux sens. Le dossier ci-après présente nos prêtres qui ont été envoyés en Amérique latine. Nous-mêmes nous bénéficions de contrats « fidei donum » avec des prêtres africains en service dans notre diocèse pour le plus grand bonheur des paroissiens. Cette expérience nous permet de mieux prendre conscience de l’universalité de l’Église. Nous accueillons ces échanges comme un don du Seigneur pour que dans son Église il n’y ait pas de « brebis sans pasteurs » (Matthieu 9, 36).

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Votre archevêque
Roland MINNERATH

Septembre 2010 : la dignité du Migrant

Quelles que soient les difficultés que rencontrent les gouvernements pour gérer les flux migratoires, il y a des principes éthiques qui ne souffrent aucune exception. Ils sont valables pour tous les temps et sous tous les cieux. Ainsi en est-il de la dignité humaine du migrant. Tout homme a le droit d’être traité humainement, en toute circonstance, ce qui entraîne par symétrie le devoir pour les tiers, qu’il s’agisse des personnes privées ou de la puissance publique, de respecter le migrant dans son humanité. 

Les migrations sont une constante de l’histoire. Tous les peuples établis sur une portion de la planète sont venus un jour d’ailleurs. Il revient aux pouvoirs publics de réguler, dans le respect du droit, le phénomène de l’immigration, d’en fixer les conditions selon des critères objectifs, de s’engager aussi dans des mesures préventives d’aide au développement des pays d’émigration. Les pays d’accueil doivent veiller à ce que les immigrés ne soient pas objet d’exploitation ou de discrimination. 

Des conventions internationales protègent les droits des migrants et de leur famille.

Les pouvoirs publics, agissant au service du droit, doivent veiller à ce que ne se diffusent pas des préjugés au sujet de l’étranger et de l’immigré, et éviter que l’on ne fasse un amalgame entre immigré et délinquant. La loi punit les faits délictueux ou criminels avérés, non des personnes ou des groupes de personnes en fonction de leur provenance. 

L’immigré a des devoirs. S’il choisit de venir vivre dans un autre pays que le sien, il doit en respecter les institutions et les mœurs, se familiariser avec sa langue, participer à la vie sociale par le travail, restant saufs son droit à la liberté de conscience et de religion.

 La Bible nous rappelle que la terre appartient au Seigneur Dieu et que nous y sommes ses hôtes. Aux chrétiens l’épître aux Hébreux (13, 14) rappelle qu’ils n’ont pas ici de cité permanente, mais qu’ils sont en pèlerinage vers celle de l’avenir. Il faudra toujours apprendre à vivre avec d’autres. 

L’humanité cheminera toujours dans la douleur vers le point où elle se découvrira, dans sa diversité réconciliée, comme un seul corps, celui que le Christ préfigure, lui qui, dans sa chair, « de ce qui était divisé a fait une unité » (Ephésiens 2, 14). Ce n’est pas par des actions défensives que les cultures résisteront à la confrontation aujourd’hui mondialisée des valeurs et des genres de vie, mais par leurs qualités intrinsèques, comme la capacité de promouvoir une vision toujours plus vaste de la fraternité humaine.

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Votre archevêque
Roland MINNERATH